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VI­GILANCE & AC­TION - N° 352  MARS-AVRIL 2017


ETRE GAULLISTE AUJOURD’HUI

par Jacques Godfrain,

ancien ministre, membre honoraire du parlement,

président de la Fondation Charles de Gaulle, président du comité d’Honneur du MIL

Ce texte est repris de V&A N°137 de septembre 2000


Parler aujourd’hui de l’économie, c’est nécessaire­ment parler de la mondialisa­tion, de l’ouverture des frontiè­res, du li­bre-échange inter­na­tional, de la concur­rence et des sacrifi­ces à faire en retour. De la France et des Français, il n’en est plus question. Pour­tant, pour nous, les gaullistes, au début, il y a la France et les Français.


Dans ce contexte de mon­dialisa­tion, la voix du général de Gaulle ré­sonne comme un appel à la résistance : il est temps, nous dit cette voix, de recons­truire ce lien social ab­solu qui unit la na­tion, le peuple et l’Etat, ce lien consubs­tantiel qui lie la Républi­que et la démo­cratie.


Or, quel est le paradoxe du gaul­lisme aujourd’hui ? Plus de Gaulle est loué, en­censé, una­ni­mement reconnu, même par ses adversai­res d’hier - qui n’est pas gaulliste au­jourd’hui ? - plus de Gaulle s’éloigne. Plus de Gaulle est mis en scène, plus il est ou­blié : de­venu une icône vide, transformé en my­the, récu­péré par une intel­li­gentsia autrefois gau­chiste, de Gaulle est dépos­sédé de l’essentiel de sa pensée politi­que. Car le gaullisme ne se ré­duit pas à du pragma­tisme.

 

Si le gaullisme n’a jamais été un dog­matisme doctrinaire, il se ca­ractérise en ré­alité par une pen­sée politique forte, dont le point d’ancrage est ce double lien, d’abord entre la pensée et l’action, en­suite en­tre l’action et les circonstan­ces : agir, en fonc­tion des cir­constances, dans le seul inté­rêt de la France et des Fran­çais, tel est le gaullisme.


Aujourd’hui encore, de Gaulle est mal lu, ou il n’est pas lu, car il en est de de Gaulle comme de Na­poléon : la gloire du militaire fait oublier la fé­condité du pen­seur, son extraor­dinaire lucidité et sa di­mension visionnaire. Le rêve de puis­sance militaire flatte en effet plus ai­sé­ment l’esprit des peu­ples. On se souvient des guerres, on ou­blie, après la si­gnature de la paix, le temps de la reconstruc­tion. Or, de Gaulle est tout aussi im­portant, pour la France, au mo­ment de la re­cons­truction, qu’au moment de «l’appel du 18 Juin». Dans les deux cas, ce qui pré­vaut, c’est une «cer­taine idée de la France».


UNE CERTAINE IDéE DE LA FRANCE


Cette phrase, qui ouvre les Mé­moires de guerre du Général de Gaulle, est d’une importance capitale pour com­prendre le rap­port qui existe entre la France et le gaullisme : «Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France. Le sentiment me l’inspire au­tant que la raison.» Ignorer cette phrase, c’est méconnaî­tre, à la fois, la force et la logi­que de la pensée gaullienne, sa cohé­rence absolue.


De Gaulle n’a-t-il pas écrit : «Au fond des victoires d’Alexandre, on trouve tou­jours Aristote» ? La référence à Aris­tote n’est pas un hasard, le gaul­lisme se veut héri­tier d’une pen­sée fondée sur la raison qui naît avec Aristote. Il n’est pas ques­tion de réduire le gaullisme au principe maurras­sien* de l’empirisme organisa­teur, encore moins d’accepter de l’inscrire dans ce que Ber­nard-Henri Lévy nomme «l’idéologie française» et qui fe­rait du gaullisme une sorte de régression nationale et conservatrice d’une essence douteuse, que seule l’entrée en résis­tance au­rait permis de ma­quiller.

 


Il n’est pas de France sans ouverture sur le monde, comme le symbolise son extra­or­dinaire façade mari­time ; il n’est pas de France sans la prise en compte de ce monde global qui est le nôtre au­jourd’hui. Il n’est pas de France sans l’Europe. D’ailleurs, de Gaulle était-il contre l’Europe ? Sûrement pas, même s’il se faisait une certaine idée de l’Europe, par sentiment et par rai­son, idée qui est celle des Etats-nations. Ce que de Gaulle voulait, c’était l’indépendance de la France et non son isolement.


Il existe donc, pour nous, les gaul­listes, d’abord la France et les Français, sans cris­pation ni nos­talgie d’un monde passé, sans démagogie électoraliste. Il existe la France et les Français, l’une n’allant pas sans les au­tres, idée sim­ple qu’il faut pourtant sans cesse rappeler et qui contredit les experts de la mon­diali­sation heu­reuse, qui affir­ment que la France va bien mais que les Français ne le savent pas. Car les Français, nous di­sent ces mêmes experts, sont ignorants de la chose éco­nomique. Fi­na­lement, le libéra­lisme liber­taire n’est rien d’autre qu’un stali­nisme à l’envers, puisqu’il prône le sacri­fice des géné­ra­tions ac­tuelles pour assu­rer le bonheur des gé­nérations futu­res. Encore ce mythe des­truc­teur de l’homme nouveau que tous les totalita­ris­mes ont voulu faire naître : l’homme nou­veau com­muniste, l’homme nouveau des na­zis, l’homme nouveau de l’intégriste musul­man. . .


Plus sournois, car paré des habits d’une modernité qui en­tretient la confu­sion entre li­berté et libertarisme, voici que surgit, à l’aube du XXI° siècle, l’Homo economicus nouveau, libéré des con­traintes géogra­phi­ques, dé­barrassé de tout repère éthique, l’oeil fixé sur les cours de la Bourse, gérant sa for­tune en di­rect sur Inter­net, trouvant son ac­com­plis­sement dans la disso­lution du lien so­cial. Car il n’est plus question de cet ef­fort na­tio­nal incarné pendant trente ans par le géné­ral de Gaulle, cet ef­fort ac­compli par tous, chacun étant en droit d’attendre, en juste re­tour, le partage des fruits de la crois­sance, la Ré­publique as­su­rant, dans le même temps, le bon fonction­nement de l’ascenseur social. Or, avec cette dissolution du lien social, il est à craindre que l’idéologie du libé­ralisme li­ber­taire ne soit la justi­fication des totalita­rismes de demain. Car ce qui reste, au-delà des idéo­logies du passé, c’est la ques­tion sociale.


LA QUESTION SOCIALE


Toujours la question so­ciale, di­ront certains. Mais pourquoi ne pas relire de Gaulle ?


Les textes clefs, les voici :


«La question sociale, tou­jours posée, jamais résolue, (...) est l’origine des grandes secous­ses que l’univers a su­bies (...). C’est la même ques­tion toujours posée, jamais ré­so­lue, qui, au­jourd’hui, pousse le monde vers un drame nou­veau. (...) Elle do­mine tout et (...) l’épée de Da­moclès restera suspendue tant que, dans la so­ciété, chaque homme ne trou­vera pas sa place, sa part et sa di­gnité.»


Ce premier texte, d’une ac­tualité brû­lante aujourd’hui en­core, date pourtant du 1er mai 1950. Pour de Gaulle, la ques­tion so­ciale, «toujours po­sée, jamais ré­so­lue», entraîne l’affai­blis­se­ment des na­tions, il fallait donc agir.


On constate alors, dans ces tex­tes, que de Gaulle as­socie tou­jours indépen­dance na­tio­nale, dé­veloppement éco­no­mi­que et trans­formation so­ciale. Cette idée apparaît dès 1940-1943, lors du sé­jour à Londres. Les dis­cours et les mes­sages de l’époque, cons­truits sur le thème de la partici­pa­tion, en témoi­gnent.


On relira avec profit la conclusion du fameux discours d’Oxford, qui date du 15 no­vem­bre 1941. De Gaulle, en pleine guerre, se pro­jette déjà dans l’avenir : «Si complète que puisse être, un jour, la vic­toire (...) des nations démo­cratiques, (...) rien n’empêchera la me­nace de re­naître plus redoutable que ja­mais, rien ne sau­vera l’ordre du monde, si le parti de la li­bé­ra­tion, au mi­lieu de l’évolution im­po­sée aux sociétés par le progrès mé­cani­que moderne, ne parvient à construire un or­dre tel que la li­berté, la sécu­rité, la dignité de chacun y soient exaltées et ga­ran­ties... On ne voit pas d’autre moyen d’assurer en définitive le triom­phe de l’esprit sur la ma­tière.»


Assurer le triomphe de l’esprit sur la matière, tel est l’enjeu que de Gaulle as­signe à la politique. Ce message est ce­lui d’Aristote, il est celui du Siè­cle des Lu­mières, il est celui de Tocqueville, il est aussi ce­lui du gaullisme. Rien ne change : le combat pour les idées de pro­grès, de justice sociale et de dé­mocratie se poursuit éter­nelle­ment : l’histoire n’a pas de fin, seules les circonstances chan­gent. Avec de Gaulle, nous avons appris que l’action politique n’est pas vaine. Elle est même devenue encore plus essen­tielle, car, avec l’effondrement des grandes idéologies et la dispari­tion de l’ancienne vision mani­chéenne du monde, le réel appa­raît dans toute sa complexité. En même temps, les lo­giques de dé­velop­pement de l’après-guerre, à l’abri des frontières protectrices et de l’étendue des grands empi­res, ont atteint, de­puis long­temps, leurs limites. De Gaulle le sa­vait, lui qui voyait la France et le monde avec trente ans d’avance. Car le gaullisme est le contraire du pilotage à vue ou du pragma­tisme lié à une forme de renon­cement devant la com­plexité du réel. La vo­lonté doit-elle dis­paraî­tre ? Bien-sûr que non. Pour com­prendre cela, il nous faut re­vi­siter les idées fon­da­men­tales du gaullisme.


LES IDéES FONDAMENTALES DU GAULLISME


Première idée : l’action po­li­tique n’est pas vaine.


Deuxième idée : la politi­que doit con­duire l’économie et non pas l’inverse.


Troisième idée : l’action po­litique ne doit poursuivre qu’un but, consolider la com­munauté nationale.


Quatrième idée : consoli­der la commu­nauté nationale, c’est dé­velopper la société participa­tive dans tous les do­maines.


Cinquième idée :  l’indé­pen­dance ne si­gnifie pas l’isolement.


Soyons clairs là encore : la pen­sée du gaullisme ne com­mence ni ne s’arrête à «l’appel du 18 Juin», même si cet ap­pel, contre l’infâme renonce­ment pétainiste, sym­bolise l’essence même de cette pen­sée. Si l’histoire a fait de l’appel du 18 Juin le point d’ancrage du gaul­lisme, de Gaulle a cons­tamment dé­passé la pro­blématique mili­taire. La guerre est certes ce qui permet de faire naî­tre, im­mé­dia­tement, le sentiment na­tional et l’idée de défense de la patrie. En temps de paix, senti­ment na­tional et patrie s’estompent au point de deve­nir désuets pour cer­tains. Au­jourd’hui, la polémi­que sur les coûts de l’Etat-na­tion, la dé­cen­tralisation, l’ouver­ture phy­si­que et virtuelle des fron­tières, l’interna­tionali­sation du capital conduisent certains à nier l’idée même de nation. Le monde est notre village, nous sommes deve­nus citoyens du monde. La vente sur Internet tient lieu de projet so­cial pla­né­taire. Belle utopie qui mas­que la réalité.



L’IDéE DE NATION


L’idée de nation reste d’une évi­dente ac­tualité pour les répu­bli­cains ; elle n’est pas le refuge des nostalgiques de la mi­litari­sation ou des va-t-en guerre. En y re­gardant de près, on s’aperçoit que les convictions natio­nales recou­vrent l’idée même de la devise ré­publicaine : Liberté, Egalité, Fra­ternité.


Jean-Louis Debré écrit, fort jus­tement (Jean-Louis Debré, Le Gaullisme n’est pas une nos­talgie, Robert Laffont, 1999.) : «La nation seule permet à la de­vise républicaine Liberté, Ega­lité, Frater­nité, d’être cohérente. La Liberté seule détruirait l’Egalité et ferait des maîtres et des esclaves de ceux qui ont de la chance et de ceux qui n’en ont pas. Mais s’il n’y avait que l’Egalité, elle dégé­nére­rait en égalitarisme, étouffe­rait la Li­berté, la créa­tivité, et ap­pauvri­rait chacun. Seule la Fra­ternité impose la ré­union de ces deux va­leurs qui, livrées à elles-mê­mes, entreraient spontané­ment en conflit l’une avec l’autre.»


Et c’est tout aussi justement qu’il fait, à la suite de Péguy, de la Fraternité «le terme cen­tral de la devise de la Répu­blique», car la Ré­publi­que ne confond pas li­berté et libéra­lisme, elle ne confond pas égalité et égalita­risme. L’excessive li­berté du li­béralisme li­bertaire conduit à nier l’idée même de nation, car le ca­pita­lisme financier n’a pas de patrie.


Etre gaulliste aujourd’hui a donc un sens. Ce n’est ni une attitude passéiste, ni la nostal­gie d’un monde révolu, ni un com­porte­ment dé­suet qui fe­rait sou­rire : c’est au contraire le si­gne d’un enga­ge­ment d’une ex­trême mo­der­nité, dès l’instant que ce qui est en jeu, c’est l’avenir de la na­tion dans le contexte d’une coopération européenne, mon­diale, car, dé­sormais, la réflexion ne s’arrête pas à l’Europe. La concurrence est mon­diale, la guerre éco­nomi­que est une ré­a­lité. Mais cette guerre ne peut pas se dé­rouler sans règles, car, depuis la chute de Berlin, c’est la planète entière qui vit selon les règles de l’économie de mar­ché, les der­niers pays commu­nistes et les pays pauvres cons­tituant un for­mi­dable réservoir de mains-d’œuvre à très bas prix, facile­ment exploita­bles hors de tout re­père éthique.


*(Maurice Barrès a certes in­fluencé la pensée du gé­néral de Gaulle. Lorsqu’il se définit, Barrès parle de « l’alliance de l’intelligence la plus haute à l’émotivité la plus in­tense ». Les deux premières phrases des Mé­moires de guerre reprennent cette idée. En même temps, senti­ment national, esprit patrioti­que, enra­cinement et syn­crétisme reli­gieux, fortement liés chez Barrès, se re­trou­vent chez de Gaulle. Mais l’engagement de Barrès au­près de la droite nationaliste au mo­ment de l’affaire Dreyfus, ses pri­ses de posi­tion ultrana­tionalistes, une action politique qui se ré­duit au principe du « pragma­tisme or­ga­nisa­teur » suffisent pour mon­trer que de Gaulle n’est pas un pen­seur barrésien.)




Oui, le gaullisme est toujours présent dans la société française même s’il a été oublié par certains.  Oui, les gaullistes sont présents partout dans la société, le nier c’est être inculte.

L’esprit et les valeurs gaullistes ne peuvent pas être tués. La croix de Lorraine sera toujours le symbole du gaullisme et le signe de ralliement des gaullistes.

La croix de Lorraine survivra même si certains tentent de la faire disparaître. La droite gaulliste sera toujours présente en France. Notre famille politique, regroupant la droite civique, gaulliste et patriote, est et sera toujours présente.

Pour défendre les valeurs et les principes gaullistes,

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le Mouvement Initiative et Liberté (MIL).

Montrez que vous vous battez pour des idées et des valeurs !



  

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