Mouvement Initiative et Liberté

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Une communication du MIL

 IL Y A 11 ANS QUE RAOUL BÉTEILLE EST DÉCÉDÉ (SUITE)


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Voici la communication que nous avions publié à ce moment-là. Il est important de se souvenir des patriotes gaullistes qui ont été au service de la France.


RAOUL BETEILLE, COMMANDEUR DE LA LEGION D’HONNEUR

par Pierre de Vernejoul, secrétaire général du MIL

Repris de Vigilance & Action N° 122 de mars 1999


Le 14 juillet 1998, Jacques Chirac, président de la Répu­blique, a souhaité promouvoir Raoul Béteille, prési­dent du MIL, au grade de commandeur de la Légion d’honneur pour son action au service de la France. Cet honneur rejaillit sur tous les militants et adhérents du MIL.


C’est autour des membres du Bureau national du MIL, des membres de sa famille et de nombreuses personnali­tés (notamment messieurs Alain de Boissieu, Jean Ca­ban­nes, Henri Cuq, Jean-Louis Debré, Roland Drago, Yves Durand, Jean Foyer, Philippe de Gaulle, Jean Labat, Pierre Mazeaud, Pierre Messmer, Alain Peyrefitte, Alain Plantey, Roger Romani, Raymond Triboulet) que fut dé­coré le président du MIL le 10 décembre 1998.


Le président de la République a notamment déclaré :


 « Je suis heureux de vous accueillir au Palais de l’Élysée à l’occasion de l’hommage rendu à sept person­nalités.


Des femmes et des hommes qui ont pour trait com­mun de s’être dévoués au service de leurs concitoyens, au service de notre pays. Je le sais car je les connais. Je connais leurs qualités, leurs compétences, leur efficacité. Je connais aussi les difficultés qu’ils ont rencontrées, l’intelligence, la détermination et la ténacité qu’ils ont ma­nifestées à la tête de leur entreprise, de leur service, de leur municipa­lité, de leur canton, de leur circonscription. Je sais la dis­ponibilité dont ils ont fait preuve à l’égard de leurs concitoyens, l’attention qu’ils réservent à tout ce qui peut favoriser le développement de leur commune, de leur département, de leur région. C’est pourquoi je me réjouis que cette cérémonie me donne l’occasion de leur expri­mer estime, reconnaissance et gratitude. Je vais aussi leur dire ma confiance et leur renouveler mes en­courage­ments.


Un poète combattant, René Char, privilégiait l’action. Être du bon, disait-il. C’est ainsi que s’exprime le mieux, voulait-il ajouter, un humanisme conscient de ses devoirs, discret sur ses vertus, désirant réserver l’inaccessible champ à la fantaisie de ses soleils et décidé à payer le prix pour cela. Je voyais, en entrant, Pierre Messmer et je me disais que j’avais bien choisi la citation.


Chacun de vous, je le sais, porte en lui l’opiniâtreté, le courage, le sens des responsabilités qui distinguent ceux qui ont foi dans l’avenir.


Parce que l’usage le veut ainsi, je vais rappeler les mérites qui justifient ces nominations ou ces promotions dans notre ordre national de la Légion d’honneur.


M. Raoul Béteille, qui est un grand magistrat, est un homme aux qualités rares et je me réjouis de le promou­voir dans notre premier ordre national.


Vous avez débuté à Nîmes, puis à Aubusson à deux pas d’Ussel. À Avignon ensuite, où vous êtes nommé substitut en 1951.


Vous serez ensuite détaché auprès du service de do­cu­mentation et d’études à la cour de cassation. Vous ve­nez d’être nommé substitut du procureur de la République de la Seine lorsque vous rejoignez comme conseiller techni­que le cabinet de M. Pierre Messmer, ministre des armées, puis celui du garde des sceaux M. Jean Foyer.


L’année suivante, le premier président de la cour de cas­sation, qui n’a pas oublié vos mérites, vous choisit comme secrétaire général de la 1ère présidence.


Dans ce poste délicat, l’excellent juriste que vous êtes se fait remarquer par ses qualités d’administrateur. Puis, en 1967, ce sera la cour d’appel de Paris où le nouveau conseiller est affecté à la 4ème chambre civile puis à la 1ère avant d’y être nommé fin décembre 1976 président de chambre. Moins d’un mois plus tard, vous êtes déta­ché auprès de la cour de sûreté de l’État pour prendre les fonctions de procureur général. Un poste très sensible où vous allez montrer votre haute conscience, votre courage et votre force de caractère.


En 1979, vous regagnez la cour de cassation avant d’être détaché presque aussitôt auprès du garde des sceaux M. Alain Peyrefitte que je salue également ami­calement ici, pour exercer auprès de lui les fonctions de directeur des affaires criminelles et des grâces. Et dans ses lourdes res­ponsabilités, vous vous attachez notam­ment à la réforme du code pénal.


En mai 1981, le nouveau pouvoir vous retire ces fonc­tions.


La cour de cassation vous accueille à nouveau en juillet 1981, puis en 1987 vous êtes sollicité pour exercer la première vice-présidence du conseil de la concurrence que vous assumerez pendant six ans.


Homme de conviction, esprit ouvert et généreux, dé­fen­seur ardent de votre profession et de l’institution judi­ciaire, vous vous tournez alors, pour la défense de vos idées, vers la vie publique et vous serez brillamment élu en mars 1993 député de la Seine-Saint-Denis. Ce qui n’était pas facile. En 1995, vous devenez le président du Mouvement Initiative et Liberté auprès de Jacques Foc­cart et du Général Alain de Boissieu, vous avez continué à être au service de la France.


Je suis heureux de vous remettre la cravate de com­man­deur de la Légion d’honneur. Elle récompense l’action d’un haut magistrat de très grande valeur qui a consacré toute sa vie à son idéal de justice.  (. . . .) »



ETRE GAULLISTE, QU’EST-CE A DIRE ?

par Raoul BéTEILLE, ancien député, président du Mouvement Initiative et Liberté

Repris de Vigilance & Action N° 172 de Décembre 2003


Oui, nous sommes fiers d’être gaullistes. Pourquoi ?


D’abord, pour les plus anciens d’entre nous, parce que nous nous souvenons. Nous nous souvenons de la personne du Général. De celui que nous avons vu.


Un homme exceptionnel, avec son regard et ses intonations, était là, devant nous. Il était d’ailleurs parfaitement conscient de sa propre stature sans pour autant souffrir de la moindre boursouflure de vanité. Dédoublement remarqua­ble. C’est ce qui explique qu’il disait si rare­ment «je » et parlait de lui à la troi­sième personne en disant «De Gaulle» exactement comme s’il s’était agi d’un autre que de celui qui, le soir, se mettait sans doute au lit de la même façon que ses con­temporains. Il était spectateur de lui-même tout en vivant son person­nage. Peu avant le ballottage du 5 décembre 1965, Alain Peyrefitte le poussait à réagir devant la frénésie audiovi­suelle de ses adversaires et lui donnait en exem­ple le martèle­ment perpétuel de Lecanuet : «Je m’appelle Jean Lecanuet, je suis agrégé de philo­sophie…» Sa ré­ponse ? «Vous ne voulez tout de même pas que je proclame devant les caméras : Je m’appelle Charles de Gaulle ?» (1) On devine sans peine le coup d’œil qui a dû accom­pagner ce tac au tac.


Ainsi, c’était le grand homme, et à ce point d’évidence qu’il lui était impossible de ne pas en tenir compte. Comment ne serions-nous pas fiers, nous, de le voir et de l’entendre encore en nous-mêmes ?


Mais précisément, et dans le fond cette fois, pourquoi l’admirions-nous et pourquoi tant de jeunes gaullistes d’aujourd’hui ont-ils pour lui, tout autant que nous, ce véritable culte ?


À cause de ce qu’il a fait. Il a agi. Nous lui devons ce redresse­ment extraordinaire à partir du 18 juin 1940. Il n’est que de se rappeler le sai­sissement de Keitel le 8 mai 1945 lorsque, se dis­posant à signer la capitulation de l’Allemagne, il aperçut devant lui, de l’autre côté de la table, le représentant de la France victorieuse. Qu’en se­rait-il au­jourd’hui de nous sans cette «con­duite» magnifique ? On n’a pas de mal à prendre la mesure de ce que nous serions deve­nus.


Naturellement, jeunes ou moins jeunes, nous avons aussi une totale conscience des remaniements de structure si profitables qu’il a appor­tés à l’Etat et qui nous ont tirés de l’impuissance ridicule de la Troi­sième finissante et de la Quatrième fugitive. Nous nous sommes moder­nisés et ancrés dans l’efficacité de l’action redevenue possible en tout domaine de dimension nationale sans que la liberté du peuple souve­rain en ait souffert le moins du monde, bien au contraire. On pour­rait notamment, à cet égard, se livrer à des réflexions fertiles quant à l’utilisation raisonnée du référendum. Sur ce passé d’action, les historiens auront du pain sur la planche. Ils sont déjà à l’œuvre.


Il ne faut pas s’y tromper. La troisième rai­son de notre fierté gaul­liste, et probablement la plus forte, rejoint tout naturellement ce qui ex­plique la piété fondamentale confes­sée dès les premières lignes de cet hommage.


L’homme De Gaulle a été la France elle-même, celle qui s’est incarnée à plusieurs repri­ses mémo­rables. Ce fut le cas de Jeanne d’Arc à coup sûr. D’Henri IV sous certains rapports. Probablement de Louis XIV puis de Napoléon 1er de deux autres façons différentes. Le Général a été la dernière, à ce jour, de ces incar­nations vérita­blement providen­tielles.


Il n’est pas facile de deviner ce qu’il décide­rait dans ce qu’on appelle les «cas de figure» se présentant aujourd’hui à nous et à nos diri­geants. Il avait le sens de l’heure et de l’opportunité souvent passagère. C’est ce qui lui inspirait ses pri­ses de position adaptée, non pas seule­ment à tel ou tel cas de figure, mais à sa place dans l’écoulement du temps et dans l’évolution de l’Europe et de l’humanité toute entière. Voilà pourquoi nous ne saurions toujours être d’accord avec ceux qui - dans une sorte de sclérose confortable mais dangereuse et forcément sté­rile - sont sûrs d’avoir toujours raison quand ils déclarent : «De Gaulle doit se retourner dans sa tombe». Il peut arriver que ce soit vrai mais on n’est jamais sûr que ce soit le cas. Une sorte de lucidité géniale le conduisait le cas échéant sur des voies inat­tendues et en contradiction avec ce que beaucoup espéraient. Quelques exemples parfois douloureux vien­draient le confirmer.


Au fond, son merveilleux secret était tout simple. « Une certaine idée de la France » en constitue la clef.


Cette certaine idée suscitait ainsi, en lui, des « possibilités » di­verses dont il prenait soin de mesu­rer lui-même les mérites respectifs en pro­voquant les réactions de cer­tains de ses proches qu’il estimait au plus haut point. Ce fut le cas de Jacques Foccart et c’est ce qu’on découvre en li­sant Foccart parle (2). Peyrefitte provoquait De Gaulle et enregistrait ses réactions pour la pos­térité. C’est De Gaulle qui, à l’inverse, provoquait Foccart et sou­mettait ensuite à une critique in­té­rieure aiguë ce que son interlocuteur lui répon­dait sans complaisance.


Et le critère suprême était bel et bien cette certaine idée de la France. C’est Peyrefitte, pour le coup, qui nous éclaire à ce sujet de façon in­contournable, comme on dit aujourd’hui (3). Sa culture et son éru­dition lui ont donné l’occasion d’un rapprochement historique essentiel. Il cite les Cahiers de Barrès de l’année 1920. On y lit ces passages prémonitoires : «Donner de la France une certaine idée, c’est nous permettre de jouer un certain rôle». Et de même : «Cer­tains hommes sont un accident heureux pour leur pays. Ils sont l’inattendu intervenant au milieu de toutes les nécessités sociologiques ; ils agissent ; leur état de conscience individuel balance, re­tarde, précipite, modifie un ensemble de faits sociaux.»


Eh bien, c’est ainsi que De Gaulle réussit à «soulever la France au-dessus d’elle même». Méditons ces phrases que Peyrefitte a prises au vol le 13 février 1963 et qui ont eu un bel écho chez des gens aussi différents que Jean-Raymond Tour­noux et François Mauriac : « C’est en étant pleinement français qu’on est le plus eu­ropéen, qu’on est le plus universel. Il y a eu un rôle de toujours de la France, qui l’a toujours dis­tinguée des autres pays… C’est pour ça qu’elle jouit d’un immense crédit. C’est pour ça que tou­tes les cloches d’Amérique latine ont caril­lonné pour la libération de Paris. Parce qu’elle a été pionnière pour l’indépendance américaine, pour l’abolition de l’esclavage, pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Parce qu’elle est cham­pionne de l’indépendance des na­tions, contre toute hégémonie. Tous le sentent obscurément dans le monde ; la France est la lumière du monde, son génie est d’éclairer l’univers ».


Ah ! chers amis, comment ne pourrions-nous pas être fiers d’être gaullistes ? Nous ne sommes pas seulement un grand passé. Nous sommes l’avenir.


(1) Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, Fayard, tome II, 1997, p 603.

(2) Fayard/Jeune Afrique, 2 tomes, 1995 et 1997.

(3) Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, Fayard, tome I, 1997, p 279 et suivantes.